Sur les routes
« Comment puis-je me débarrasser de cette haine étouffante qui m’habite ? »
Elle ne part peut-être jamais cette haine, le jour où elle partira, elle partira sur les routes du bonheur.
Loin.
Des routes tremblantes, sinueuses, avec des crevasses qui donnent des hauts de cœur, mais sois certain qu’elle partira au bout du chemin, ma haine. Si vous saviez comment cette colère était collée à ma peau, elle était décidée à rester, j’en voulais au monde entier, et à ma mère.
Sur la route j’ai croisé ma frustration. Elle m’a salué, puis elle m’a demandé pourquoi je la sollicitais autant ces derniers jours. Je lui ai répondu que c’était à cause de ma colère esquintante, que parfois la patience me faisait défaut, que j‘avais du mal à trouver la paix parfois et que j’ignorais comment il serait si difficile de soigner mes maux.
Ma frustration se vantait d’être amer comme un pamplemousse et rude comme l'abîme sans fin de mes parents.
Sur la route j’ai croisé ma tristesse. Je le redoutais celle-là, celle que j’évitais depuis que la colère était omniprésente. La tristesse c’est celle qui me rattrape toujours : hier encore quand je peinais à reconnaître ma mère, où j’avais l’impression que tout se fissurait autour de moi. Il m’est difficile d’expliquer comment mon cœur m’a fait mal ce soir-là : j’ai aperçu le néant dans les yeux de ma mère, je me suis vu face à des murs gigantesques, et c’était si dur.
Malgré tout je la trouve charmante cette tristesse.
Quand je l’ai croisée sur ma route elle ne voulait plus s’arrêter de parler ; je cherchais comment lui dire qu’il était temps qu'on fasse nos adieux mais elle me répondit que ce n’était pas possible.
«Pourquoi ? » lui répondis-je la voix vacillante. « Je t’ai trop ressenti et mon cœur s’en abîme ».
Elle répondit d’une façon qui ne m’a jamais quitté : « Regarde là-bas l’intérieur de la terre, il y a des milliers de fourmis qui ont créé leur habitat, elles s’y sont installées. Je peux être une de ces fourmis, garde-moi au chaud car je peux être le feu qui t’éclaire. » Je refusais d’y adhérer mais j’étais épuisée de lutter contre l’adversité.
On se retrouve rapidement confronté à une réalité qui retourne l’estomac,
et cette réalité m’était insupportable. Mais je refusais de prendre la fuite.
Je poursuivis alors ma route en quête de réponses.
Je suis donc descendue sur le ponton d’un lac, au bois légèrement abîmé, il dégageait une odeur de sel et de pluie. Assise à contempler la beauté marine qui gisait dans l’eau à dix centimètres de moi. L’eau était d’un bleu brut, chatoyant, peu bruyante elle faisait des allers-retours. Cette eau sentait la vie, l’harmonie: ce que je cherchais. Puis je me suis rappelée la rage sans nom qui m'habite contre celui qui manipule ma maman, contre la relation qui était devenue inexistante avec mon père, contre mes deux parents qui ont brisé quelque chose en leurs enfants, cette rage me dévorait littéralement.
Pendant ce temps où tout s’est bousculé en moi, j’observais silencieusement un paysage qui laissait
mon esprit vacillant se noyer dans l’eau, je me suis imaginé alors une autre réalité pleine de paix et de guérison cela m’aidait à échapper de cette réalité aussi lourde qu’une baleine. Le ciel n’était plus ombreux, le vent sifflait comme une clarinette, les feuilles tombaient; et seule j’avais enfin compris que le silence dans lequel je m’étais plongée depuis des années, vivait une colère très grande.
Pourquoi m’étais-je plongée dans ce piège à silence ? De mon côté j’explosais intérieurement alors comment faire entendre ma voix ?
Écrire ma colère dans l’espoir d’être lue.
Puis comment faire comprendre à un système judiciaire qui pense connaître votre situation mieux que vous n’y croyez plus ? Et pourquoi mes parents étaient-ils si peu aptes à voir la colère qu’ils avaient généré dans les yeux de leurs enfants ? Pourtant, eux aussi s’étaient faits dévorés par la colère... C’est ce qui faillit dans ma famille.
J’ai senti que je pouvais dépasser ça, c’était ma mission. Je suis persuadée que le silence et l’enfermement ne sont pas une solution mais ce combat procure bien plus de peines, que le silence n’a causé. Briser des chaînes brise la colère et ça ma mère l’avait refusé.
Hier j’étais intelligente, aujourd'hui j’ai choisi de m'aventurer sur les routes du bonheur.