Je n'ai jamais guéri de vous
" Je t'écris à partir de mon absence du monde" Christian ROBIN
Qui suis-je quand les autres ne me regardent pas ?
J’aimais être entourée, beaucoup entourée. De mes amies du collège, du lycée: je voulais avoir un groupe d’amies qui me ferait sentir intégrée à leur vie et à la mienne. Mais j’étais bercée dans l’illusion et prise dans le vide.
Je me demande parfois comment j’ai pu me noyer dans les discussions, les appels et les sorties sans fin au point de m’oublier.
Si vous voulez savoir, trainer avec autant de personnes jusqu’à ne plus en éprouver un plaisir sincère était mon seul échappatoire, lorsque je me rendais compte que pendant une journée je n’avais rien de prévu, l’angoisse me nouait et l’appréhension me tortillait.
C’est ainsi que pendant toute mon adolescence les gens, mes amies étaient ce à quoi je m’accrochais pour que la vie me paraisse moins rugueuse, moins arrogante et plus douce à vivre. Mais de quoi je me cachais ?
Cette question me revient souvent, de moi à moi-même.
Je peine à trouver la réponse mais, de premier abord, je dirais que enfant je n’ai été confrontée qu’à la nécessité d’éviter le conflit et d’être la plus docile possible afin de ne contrarier et de décevoir personne.
J’avais cette peur bleue de décevoir, cette angoisse liée à comment mes parents allaient me voir car pour moi il était impossible de contredire l’image que je renvoyais. Que j’étais forcée de renvoyer.
Alors comment m’exprimer face à une Luna qui n’a jamais été Luna ?
Aujourd’hui les fantômes de mon enfance peuplent encore mon écriture et mes relations. Il y a là un coté rassurant, et un coté épuisant.
Je m’épuise à dépenser mon énergie pour des personnes qui je le sais, ne sauront me satisfaire sur le long terme.
Je m’épuise à penser constamment à l’autre et ce qu’il attend de moi.
Je m’épuise à me sentir en décalage avec mes pensées et mes ruminations.
C’est ici mon absence du monde, c’est ici que je chante les 1000 questions traversant mon esprit et c’est ici que je pose les mots qui rêvent d’être dits.
À ceux qui me connaissent: vous ne me connaissez pas. Un jour, je disparaîtrai de votre vie et de celle que je pensais être la mienne et ce jour là il faudra me pardonner car j’ai mis longtemps à guérir de moi et j’ai bien peur que je n’avoir jamais guéri de vous.